1. LE C.B.E. AVANT LE SYNODE DE JUILLET 1969  

La question de l'historique d'une organisation aussi jeune que le C.B.E. présente à la fois des inconvénients majeurs, mais aussi des avantages. Inconvénients majeurs parce que tous les acteurs sont encore vivants, et il est malaisé de relater les faits tels qu'ils se sont passés, si encore on le pouvait car il se pose toujours un problème d'interprétation de ces mêmes faits. Avantages d'autre part parce que les faits sont racontés par les personnes mêmes qui les ont vécus, mais en ignorant malgré tout à dessein l'argument selon lequel on n'est pas le meilleur juge de ce qui nous arrive.

Le Pasteur Jean TARTIER arriva à Brazzaville en Octobre 1965 dans le cadre de la coopération et en qualité d'aumônier des jeunes, mais il n'y avait aucune organisation: les quelques jeunes qui osaient encore s'aventurer dans l'enceinte des églises se confondaient vowntiers au reste des paroissiens. Le Pasteur T AR TIER sillonna les paroisses de Brazzaville à la recherche des jeunes qu'il voulait réunir à l'Annexe du Plateau. Les jeunes qui eurent le courage de répondre à son appel provenaient tous du côté de Bacongo, particulièrement du Lycée Savorgnan de BRAZZA. Alors il fut jugé rationnel après quelques séances, que les réunions du petit groupe se tinssent dorénavant à la paroisse de Bacongo.

1.1. L'ANNÉE SCOLAIRE 1965-1966

Il y avait douze jeunes gens qui se réunissaient à Bacongo, 6 jeunes filles et 6 jeunes garçons, dont 6 membres du bureau. Ce fait peut paraître risible, mais en mettant la moitié des effectifs au bureau, ce dernier se fixait pour objectif principal l'accroissement des effectifs. Malheureusement ce nombre resta inchangé jusqu'à la fin de l'année scolaire.
Madame T AR TIER de son côté avait réussi à réunir presque autant de membres dans la paroisse de Mayangui, mais ces derniers étaient essentiellement des élèves de l'école primaire.

1.1.1. La lettre au Bureau Synodal
Avec une jeunesse de douze membres (les plus avancés étaient en classe de première), le Pasteur TARTIER se sentait désoeuvré. C'est ainsi que le "groupe étudiant" pensa à un coup médiatique : il envoya une lettre incendiaire au Bureau Synodal que dirigeait le Pasteur Jaspard KJMPOLO, lui intimant l'ordre de prendre au sérieux la situation des jeunes au sein de notre Église. Si cet appel restait lettre morte, poursuivait la lettre, les jeunes prendraient les mesures qui s'imposent.
La lettre produisit plus d'effet que le "groupe étudiant" ne l'espérait: le Bureau Synodal lui dépêcha le Secrétaire Général de la Jeunesse, le Pasteur Hilaire NKOUNKOU pour discuter de ces problèmes. Celui-ci blâma d'abord les jeunes d'avoir faussé la procédure en écrivant directement au Bureau Synodal alors qu'il était bien disposé à les rencontrer. Ainsi le "groupe étudiant" devenait un interlocuteur valable qu'il fallait prendre en compte dans la recherche des solutions aux problèmes de l'Église. Le détail a son importance, car dès les premiers jours de son existence, le groupe traite avec la Direction Synodale de l'Eglise Evangélique du Congo, montrant ainsi son caractère national (comme la J.E.P.), alors que la nouvelle situation l'assignait a n'être qu'un groupuscule paroissial et rien d'autre. 

1.1.2. La place du "Groupe Étudiant" dans la Paraisse
L'appellation "Groupe Étudiant" engendrait des ennuis, car les organisations estudiantines étaient interdites en dehors de la lM.N.R.. Les responsables ecclésiastiques et paroissiaux craignaient, avec cette appellation, des représailles pouvant entraîner la fermeture des églises. Ils auraient été d'avis de "lâcher" le "groupe étudiant" pourvu que l'Église continuât d'exister. Mais les étudiants avaient perçu ce danger qui entraînerait a la longue et par étapes successives la coupure de l'Église d'avec sa jeunesse, ce qui en d'autres termes signifierait la mort de l'Église, prévisible à cause des mesures déjà citées.
Le "Groupe étudiant" entretenait avec les autres groupes de la jeunesse paroissiale des rapports plutôt conflictuels car on les jugeait dangereux pour l'avenir de l'Église. Le fait aussi que la langue des débats était le français et que le groupe chantait en anglais renforçait ce conflit.
Des rumeurs d'enlèvements et d'intention d'assassiner ces étudiants récalcitrants se faisaient si persistantes et créaient des tensions insupportables qu'à la séance de clôture des activités de l'année 1965-1966 prévue en fin Juin 1966, seuls le Président du groupe Michel MOUKOUYOU-KIMBOUALA et le Pasteur TARTIER osèrent se présenter. A deux ils firent la séance de clôture. Ils louèrent Dieu et le prièrent de donner plus de courage au groupe et surtout de calmer la tempête. Cette clôture s'effectua sur une note d'espoir, lorsque le Pasteur T ARTIER eut lu cette promesse du Christ "Et voici je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde" Matthieu 28 : 20.